Je prends enfin le temps de vous écrire une petite entrée. Je suis très prise par le post-doc qui me laisse peu le loisir d’entretenir ce blog, d’une part parce que je passe 2h30 de ma journée dans les transports en commun et d’autre part parce que je suis dans un bureau avec plein d’autres jeunes chercheurs qui passent sans cesse devant mon ordi donc fini la glande au boulot. Ah oui, accessoirement aussi, j’ai une tonne de travail. Mais je ne vais pas vous parler de ça aujourd’hui, je vais plutôt vous raconter mon extraordinaire week end dans le Nord de la France.

Ce week end, j’ai fait un Kangeiko. Eh oui, ça vous en bouche un coin ! Bon, pour les rares lecteurs qui ne savent pas ce qu’est un Kangeiko ;-) inutile de chercher sur google, je vais vous expliquer.

Le Kangeiko est un stage dans un art martial japonais (Karaté, Aïkido, etc.) et qui consiste à pratiquer dehors (souvent sur la plage) par grand froid. C’est pour cela que les Kangeiko ont souvent lieu à cette période de l’année. Bon, je dois dire que j’y suis allée de mon plein gré mais que c’est la première année que j’avais vraiment envie de le faire. Je pratique le même art martial depuis 5 ou 6 ans et chaque année, personne n’a jamais pu me convaincre d’aller au Kangeiko. Tout simplement parce que lors de ma première année de pratique, certaines personnes de mon club y été allées et en revenant elles m’avaient raconté qu’elles avaient pratiqué dans la neige et qu’un des gars de mon groupe, qui à l’époque avait une barbe, avait fini avec des glaçons plein sa barbe. J’avais gardé cette image en tête et elle me terrifiait.

Mais, par un beau dimanche matin de janvier 2007, alors que j’étais à un entraînement de bô-jutsu (long bâton), j’ai fait une remarque sur le fait que je regrettais que l’hiver cette année soit si doux car j’aime beaucoup le froid. Aussitôt, mon professeur a rebondi sur cette remarque en disant : « ben, puisque tu aimes le froid, pourquoi tu viens pas au Kangeiko ? ». Et voilà comment je me suis décidé. Outre le fait que je voyais cela comme un défi personnel (à l’image des 30 km à ski de fond que j’avais faits l’année dernière), je me disais que j’avais besoin de ce moment en bord de mer pour me ressourcer et puiser une énergie nouvelle. La possibilité également de s’initier au Bôkuto (sabre en bois) a même fini de me convaincre.

Ce qui est bien lors de stages comme ça, c’est de rencontrer de nouvelles personnes, des pratiquants d’autres clubs, d’échanger sur nos expériences dans la pratique de cet art et de vivre ensemble ce moment de dépassement : aller au-delà du froid, de la fatigue, de la douleur. Cela dit, très vite, cette expérience ne m’est plus apparue comme un défi personnel à relever mais comme une opportunité de vivre des moments extraordinaires, de passer par différentes phases : de la fatigue au moment où l’énergie revient et où la machine repart.

 

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Il y a, entre autres, ce moment merveilleux que j’ai vécu. Il s’agissait de faire un de mes mouvements préférés : on court les bras tendus en avant en criant « Aaaaaaaaaaaah ». Bon, ça a l’air un peu débile comme ça mais c’est incroyable comme ça peut faire du bien. Vous savez dans la vie de tous les jours, on a rarement l’opportunité de crier, de se libérer comme ça des tensions qui durcissent notre corps et ce type d’exercice permet d’évacuer beaucoup de stress, d’énergie négative. Donc, dimanche matin (après avoir pratiqué déjà toute la journée de samedi), nous étions de nouveau sur la plage, le temps était sec mais très venteux et nous portions tous des vêtements polaires par-dessous et par-dessus nos kimonos.

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L’instructrice qui menait le Keiko (l’entraînement) nous a dit vous voyez là-bas AN (mon prof) ? Effectivement, tout au loin, on voyait un petit point. Il s’agissait de courir vers lui, les bras tendus en criant Aaaaaaaaaaah et revenir au point de départ (ce qui en tout devait faire 4 km). Ceux qui comme moi avaient pratiqué le Bôkuto devaient courir avec en le tenant à bout de bras et en le pointant vers l’horizon. C’était vraiment spécial comme moment car c’était dur, très dur, très long…à un moment, comme je voyais que beaucoup s’arrêtaient de courir et continuaient en marchant (ce qui n’est absolument pas un problème), je me disais que j’allais faire de même. Mais mes jambes continuaient à courir et mon bôkuto qui, au début, me semblait lourd et encombrant est soudain devenu une extension de mon propre corps, un bout de moi, solidaire dans cette épreuve. Une fois atteint le point AN, j’ai fait le retour à pied, pointant toujours le Bôkuto devant moi, contre un vent terrible. Nous revenions tous au point de départ au compte-goutte. Lorsque je suis arrivée, épuisée par l’exercice, certains pratiquants étaient déjà là. Plusieurs encore debout, immobiles, pointant leur Bôkuto vers la mer, d’autres étaient assis dans le sable, en méditation. C’est alors que j’ai réalisé que le ciel était parfaitement bleu et qu’une lumière magnifique inondait la plage. Le vent faisait danser le sable au ras du sol comme si les nuages du ciel avaient étaient remplacés par des nuages au sol, des courants de sable. C’était un moment de plénitude totale, je ne ressentais plus ni douleur ni fatigue, juste l’envie de vivre cet instant où seule, j’étais pourtant en groupe et en communion avec la nature.

 

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Bon, je sais que j’ai l’air complètement allumée en racontant ça mais franchement j’ai trippé. J’ai été par contre vachement moins en communion avec la nature à la fin du keiko du dimanche matin lorsque nous faisions un kata de méditation sur la plage et que le vent s’est levé pour souffler à près de 100km/h et que le sable avait une folle envie de communier avec ma face : mes oreilles, mes yeux, ma bouche, j’en avais partout.

Lundi matin, j’étais incroyablement zen. Je pense que je n’ai jamais été aussi détressée de ma vie. D’ailleurs ça m’a pris un temps fou pour arriver au boulot, j’ai au moins loupé deux trains. Malheureusement, je n’ai que peu de photos à vous montrer car je n’en ai pas pris pendant la pratique mais un des instructeurs en a fait plein donc quand je les aurais je les mettrais sur le blog. J’ai quand même quelques photos de la plage avant et après !

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