Ça y est! Ce matin, j'ai pris mon courage à deux mains et je suis allée faire mes courses au marché. Un acte de bravoure sans précédent, c'est certain. Vous qui me lisez vous vous demandez sûrement où est la bravoure...je vous explique. Depuis plus d'un an, A et moi allions tous les samedis faire nos courses ensemble au marché. Comme nous étions un couple à l'allure sympathique, nous nous sommes attirés la bienveillance et la complicité de plusieurs commerçants qui avaient su nous fidéliser. La perspective d'y aller seule ne m'enchantait donc pas tellement. Pire la seule pensée d'avoir à répondre à la question fatidique et inévitable: "Mais vous êtes seule aujourd'hui? A n'est pas avec vous?" Non, A n'est pas avec moi, il est parti et ne reviendra plus jamais...l'idée me fait encore mal et je n'ai pas envie de répondre, de me justifier, de me livrer...Alors, j'ai, dans les premiers temps, évité cette confrontation en n'allant plus au marché.

Pour d'autres groupes de personnes (amis, collègues, partenaires de sport...)  susceptibles de me poser cette question, j'ai, dès le départ, pris les devants et usé de ce magnifique outil qu'est le courriel (Communication écrite, comme je t'aime). Un petit message court mais efficace expliquant que je ne suis plus avec A et donnant vaguement les motifs. Effet garanti: quelques réponses très touchantes et marques d'affection très tendres et une habilité à éviter le sujet qui me soulage énormément.

Toujours est-il que ce matin, lasse de manger des pâtes et poussée par une envie irrépressible de bons légumes de saison et de crevettes fraîches, j'ai pris le taureau par les cornes et mon panier par la main et j'y suis allée. Tout s'est admirablement bien passé, personne ne m'a rien demandé et j'ai rempli mon panier de beaux légumes, en veux-tu en voilà, ainsi que de suffisamment de crevettes pour une orgie. Bon, je dois être honnête, j'y suis allée par étape et j'ai quitté le marché sans passer saluer les 2 commerçants avec qui A et moi avions tissé des liens plus amicaux et avec qui les conversations dépassaient le stade de la fraîcheur des légumes et de l'affinage du fromage. Mais ce n'est que partie remise. Un pas à la fois.

Bref, j'étais bien soulagée en rentrant chez moi. Dans la cour de l'immeuble, je rencontre une de mes voisines avec qui j'ai échangé en 5 minutes plus de mots qu'en un an dans le quartier. Au moment de se quitter pour rentrer chacune dans notre appartement respectif, elle me lance comme ça "Tiens, ça fait longtemps que je n'ai pas vu le monsieur!"...aïe...cessez de me torturer...et moi de dire en un seul souffle "Il est parti, il n'habite plus ici". Elle: "Ah! Vous êtes toute seule, alors." Bon résumé de la situation.